À propos du LCA

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La récente rupture du LCA gauche de Jeff Reine-Adélaïde (14 mois après la rupture de son LCA droit) ou encore celle du LCA gauche de Fouazi Ghoulam le 7 mars 2021 (rupture du LCA droit en 2017), nous ont amené à rechercher dans la littérature quelques études pouvant nous permettre de mieux comprendre la problématique. Je vous propose une étude prospective de l’UEFA sur 15 ans portant sur la rupture du LCA en club professionnel et une étude suédoise sur les facteurs de risque de rupture controlatérale du LCA après une première rupture du LCA. Les enseignements à en tirer sont très intéressants.

L’étude de l’UEFA (2016) a porté sur le suivi de 78 clubs professionnels entre 2001 et 2015 (16 pays) et le recueil de toutes les ruptures du LCA. Les joueurs ont été suivis jusqu’à leur RTP et pendant les 3 années qui ont suivi. Au total, 157 ruptures du LCA ont été enregistrées (149 joueurs, 6 re-ruptures et 2 ruptures controlatérales), 140 ruptures totales et 17 ruptures partielles. La fréquence est de 0,4 par équipe et par saison, soit une rupture toutes les 2 saisons 1/2. Les ruptures sont 20 fois plus fréquentes en match qu’à l’entraînement.
138 joueurs sur les 140 ruptures totales ont bénéficié d’une plastie du LCA. Tous ces joueurs ont pu retourner à l’entraînement, mais 9 n’ont pu rejouer un match (5 re-ruptures et 4 autres complications ayant nécessité une intervention). La durée moyenne était de 6,6 mois pour le RTR (reprise de la course) et de 7,4 mois pour le RTP (retour au jeu). A un an de la plastie, plus de 90 % des joueurs avaient rejoué. 106 joueurs ont pu être suivis pendant 3 ans après leur premier match. Ainsi, 3 ans après le RTP, 85% d’entre eux jouaient encore au football, dont 65% au même niveau, sans que l’âge ne soit un facteur variable. A titre de comparaison, les lésions du ligament 
collatéral médial du genou et du ligament collatéral latéral de cheville ont tendance à diminuer depuis 20 ans, alors que les lésions des ischio-jambiers voient leur fréquence augmenter. Pour ce qui est des ruptures du LCA, la tendance depuis le début des années 2000 est une augmentation non significative plutôt qu’une diminution au fil des années.
Les programmes de prévention de rupture du LCA ont surtout été étudiés chez la femme, avec des résultats très positifs. Les mécanismes lésionnels étant identiques chez l’homme et la femme, il est vraisemblable que les mêmes programmes de prévention devraient être suivis des mêmes effets chez l’homme. La fatigue est souvent avancée comme facteur de risque, mais il s’agit de la fatigue cumulée par la répétition de matches plutôt que la fatigue sur un même match, beaucoup de lésions survenant en 1ère mi-temps ou chez des joueurs venant de rentrer en jeu. Plus de 90% des joueurs ont pu rejouer dans l’année qui a suivi la chirurgie. Les raisons de ce taux élevé de RTP dans la cohorte seraient pour les auteurs un diagnostic précoce, l’aiguillage vers des chirurgiens expérimentés à fort volume, une réadaptation supervisée par des 
physiothérapeutes qualifiés et de grandes motivations financières pour ces joueurs professionnels (sic). Tous les joueurs ont pu reprendre l’entraînement. Mais 9 d’entre eux (7 %) ont rompu leur plastie, 5 avant même de rejouer un match, les 4 autres dans les 3 mois qui ont suivi le RTP. Ces chiffres sont jugés trop élevés. D’après la littérature, ces re-ruptures sont surtout retrouvées chez les jeunes athlètes (risque 35 fois plus élevé que pour des athlètes sains), surtout dans les deux années qui suivent la plastie. Il en va de même pour une rupture du LCA controlatéral dans les suites d’une chirurgie ligamentaire, même si elles sont peu nombreuses dans cette série (2 seulement), les auteurs l’expliquant par un suivi trop court après la chirurgie (il aurait fallu suivre les joueurs sur au moins 5 ans). D’un strict point de vue médical, ces ruptures sont vécues comme des échecs du traitement. Les auteurs militent pour que dans le futur, des études soient menées afin de mettre en place des critères cliniques et paracliniques (batterie de test) pour valider le RTP avec le minimum de risque de re-rupture ou de lésions controlatérales. 

Que doit-on retenir ?

– Une rupture de LCA toutes les 2 saisons ½ dans un groupe professionnel
– 20 fois plus fréquentes en match
– RTR à 6 mois ½ et RTP à 7 mois ½ en moyenne
– À 3 ans, les 2/3 des joueurs jouent au même niveau
– L’incidence des ruptures ne diminue pas depuis 20 ans, voire augmente mais de façon non significative, laissant entendre que les programmes de prévention ne sont pas aussi efficaces chez l’homme qu’ils le sont chez la femme
– L’incidence élevée de re-rupture et de rupture du côté controlatéral (7%) laisse à penser que des efforts doivent être faits sur les critères de RTP (critères cliniques et paracliniques) afin de prévenir ce risque toujours dramatique pour les joueurs concernés.
Comme un prolongement à cette étude, une équipe suédoise vient de publier une revue systématique de la littérature à la recherche de facteurs de risque de rupture du LCA controlatéral après une première rupture du LCA (2). Les facteurs suivants ont été identifiés comme augmentant le risque d’une rupture du LCA controlatéral : la pratique sportive à haut niveau, l’âge inférieur à 18 ans, des antécédents familiaux de rupture du LCA, une première ligamentoplastie réalisée moins de 3 mois après la rupture, le sexe féminin et une lésion méniscale concominante. En revanche, le type de sport et le délai du RTP ne sont pas des facteurs de risque. Comme l’étude précédente, ils militent pour que des études soient menées pour mieux évaluer les niveaux de la stabilité dynamique du genou, de l’activation et/ou de la force musculaire et de la 
proprioception avant le RTP pour une rupture du LCA controlatéral. 

En pratique, il ressort de ces deux études qu’une attention particulière doit être portée au RTP chez le footballeur opéré d’une ligamentoplastie après rupture du LCA. Il s’agit de prévention secondaire. La réadaptation sur le terrain, les critères de RTP et le suivi après son retour dans le groupe doivent être très précis du fait du risque non négligeable de rupture de la plastie ou de rupture controlatérale. En termes de prévention primaire, l’augmentation même non significative des ruptures du LCA au cours des 20 dernières années doit nous amener à proposer des programmes très ciblés sur le genou, comme chez les femmes. Ce sera l’objet d’un prochain article. 
Markus Waldén, Martin Hägglund, Henrik Magnusson, Jan Ekstrand
ACL injuries in men’s professional football : a 15-year prospective study on time trends and return-to-play rates reveals only 65% of players still play at the top level 3 years after ACL rupture 
Br J Sports Med 2016, 50, 744–750.

Cronström A, Tengman E, Häger C

Risk Factors for Contra-Lateral Secondary Anterior Cruciate Ligament Injury: A Systematic Review with Meta-Analysis
Sports Med, 2021, 30.
 
Crédit photo: FFF, Simon Morcel

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